correspondant agoravox

mardi 25 juin 2019

A LA DECOUVERTE D'UN LIEU MYTHIQUE : LA MAISON FOURNAISE sur l'île des Impressionnistes à Chatou.

UN LIEU A LA MODE :
Dans la 2e moitié du XIXe siècle,  la maison Fournaise, sur l'île des Impressionnistes près du pont de Chatou, était un lieu à la mode où le Tout Paris aimait se rendre à la belle saison. Gens de lettres, peintres, personnalités de la politique et de la finance s'y pressaient. Alphonse Fournaise, charpentier de bateaux, y tenait  depuis 1860 un hôtel- restaurant, aidé par sa femme, son fils Alphonse et sa fille Alphonsine, et  proposait une activité de canotage, devenue à la mode à l'époque sur la Seine. Il organisa même des fêtes nautiques fameuses. Depuis la construction en 1837 d'une ligne de chemin de fer Paris Saint Lazare Le Pecq , l'accès des parisiens  aux bords de Seine entre Croissy sur Seine et Bougival avait été facilitée . On y vient canoter , mais aussi rencontrer des femmes, y compris des demi-mondaines…

DEUX CELEBRES HABITUES:
En 1868, Auguste RENOIR, fuyant la Grenouillère de Croissy sur Seine trop "courue", découvre le site, et en deviendra un habitué. Il y peindra   une trentaine de tableaux, dont en 1880 le célèbre Déjeuner des canotiers, où il représente son cercle d'amis sur la terrasse du restaurant. Autre illustre hôte des lieux, Guy de MAUPASSANT y prend une chambre en 1873 , et reviendra canoter sur les lieux jusqu'en 1890. Il décrit l'atmosphère de la maison dans plusieurs nouvelles, dont La Femme de Paul sous le nom de "restaurant Grillon".

Maison Fournaise: le restaurant côté terrasse.

DECADENCE ET RENAISSANCE:
Vers 1900, la vogue du vélo se substitue à celle du canotage et le restaurant périclite: il sera fermé en 1905. En 1953, la maison sera divisée en appartements locatifs et se dégradera. Elle est acquise en 1979 par la ville de Chatou en vue de restauration, classée en 1982, et en 1990 le restaurant FOURNAISE rouvre, refait à neuf. Nous avons pu voir qu'il est très apprécié des Parisiens et des touristes le dimanche… En 1992, un musée consacré au souvenir de cette époque mythique est créé dans l'ancien hangar à bateaux du père Fournaise, et son fonds s'enrichit peu à peu grâce aux efforts de l'association des Amis de la maison Fournaise.

A LA DECOUVERTE DU SITE EN IMAGES :
Le site a gardé miraculeusement tout son charme. Aller à sa découverte  vous fait insensiblement remonter le temps. Vous voilà revenu à la fin du XIXe siècle.

La Seine vue du pont de Chatou, et à gauche: le hameau Fournaise.

Le hameau Fournaise est constitué de différents bâtiments, groupés autour du restaurant et du musée Fournaise.

Jusqu'en 1877, Alphonse Fournaise remanie plusieurs fois le bâtiment en y faisant des ajouts.

   C'est sur cette terrasse que Renoir a peint le déjeuner des canotiers à partir de l'été 1880.

Une autre terrasse en bord de Seine.

La maison Fournaise, côté entrée. Un charme provincial.

Autre vue.

Certains peintres de l'époque ont décoré la façade  de sujets pittoresques, dont Maurice Réalier-Dumas (auteur des grandes fresques verticales - Les originaux sont au musée). Photo: Guy Burgade.






Détail des fresques extérieures.

En bord de Seine, une reproduction du Déjeuner des canotiers rappelle que Renoir le peignit ici. Un "chemin des impressionnistes" est ainsi balisé par des reproductions de tableaux le long de la Seine.

Un peu plus loin, une reproduction  du tableau "Les canotiers à Chatou" (1881) où l'on voit un couple s'apprêtant à monter dans une yole.

Un peu plus loin, un atelier de réparation de bateaux existe encore...

… ainsi qu'un embarcadère.

Sur l'île, un autre très beau restaurant d'un style proche s'est installé.

De l'autre côté de la Seine, près du pont, se profile l'église de Chatou.

LE MUSEE FOURNAISE:
Il a été créé en 1992 en souvenir de cette époque mythique sur l'île (fin du XIXe siècle) et ses collections ont été peu à peu enrichies par l'association des Amis de la maison Fournaise . L'histoire de la maison  y est narrée. Le site et l'activité de canotage y sont évoqués à travers de nombreux tableaux, et aussi par l'exposition d'une yole d'époque.  Il est aussi  consacré à Renoir et particulièrement aux œuvres réalisées par lui sur place, dont des reproductions sont exposées. On peut y voir aussi un bronze signé Renoir, des œuvres de Derain , des céramiques de Maurice de Vlaminck, des souvenirs de Guy de Maupassant. Enfin, notamment à l'étage, une grande place est faite aux "petits maîtres des bords de Seine", des peintres surtout  paysagistes comme Gustave Maicent, Charles Camon, Maurice Réalier-Dumas,  et bien d'autres. 

Le musée a été installé dans l'ancien hangar à bateaux d'Alphonse Fournaise.

Une visite guidée est possible pour les groupes sur demande.

On voit ici l'état de délabrement de la maison Fournaise avant sa restauration.

Le célèbre Déjeûner des canotiers de Renoir fait l'objet pendant la visite d'un décryptage minutieux, consistant à identifier les membres de son cercle d'amis ici représentés.
Ainsi Alphonse Fournaise fils serait représenté debout à gauche, et Alphonsine au centre, accoudée. A gauche au premier plan, ce serait Aline Charigot, future madame Renoir et mère de Jean.A droite , assis,canotier sur le chef, le peintre Gustave Caillebotte. Le poète Jules Laforgue serait présent au fond , discutant avec un homme au chapeau haut de forme… Renoir se serait ajouté de profil, à côté de la femme qui boit , pour éviter qu'il y ait 13 personnages sur la toile, comme dans La Cène...
 Le tableau est dans un musée de  Washington, "The Phillips collection".

A l'étage, sont exposées et commentées d'autres reproductions d' œuvres de Renoir réalisées sur place, notamment les portraits de M. Fournaise et de sa fille Alphonsine.

Il s'agit ici du tableau Canotiers, déjeuner au bord de la rivière 1879.

Portrait d'Alphonse Fournaise réalisé par Renoir en 1875.

Portrait d'Alphonsine, fille de M. Fournaise. 1879. Musée d'Orsay.

Une de ces yoles utilisées sur la Seine à l'époque.

Ici un tableau d'un de ces "petits maîtres des bords de Seine" dont le musée possède une collection. On aperçoit la maison Fournaise au fond, et le pont de Chatou alors en pierre.
La photographie des œuvres originales n'étant pas autorisée, nous avons dû nous limiter à cet exemple.



mercredi 12 juin 2019

RALLYE HISTORIQUE AU MARAIS: LES PERSONNAGES DU PASSE DE RETOUR DANS LE PARC DU CHATEAU !

Qui est-ce?

Le 2 Juin 2019, une animation était proposée  de 14h à 17h dans le parc du château du Marais par l'association Calèches et Crinolines : un rallye historique à la recherche des personnages célèbres qui ont fréquenté le domaine. Il s'agissait pour le visiteur, muni d'un bulletin comportant  sous forme d'énigme un portrait de 10 PERSONNAGES figurés par des membres de l'association dûment costumés, et l'emplacement de chacun dans le parc, d'essayer de les rencontrer et de les identifier; de plus chaque personnage devait poser à chaque participant une question parmi 3 choix. A la clé on gagnait des points, en vue d'une remise des prix aux 3 participants en ayant obtenu le plus à la fin… Un stand de crêpes attendait aussi les gourmands.
Initiative originale! Les lourds costumes des figurants étaient tout de même un peu éprouvants pour eux, en raison de la chaleur intense qui régnait ce jour-là, et ils se réfugiaient autant que possible à l'ombre!
Mais  la présence de ces personnages costumés dans le beau cadre du domaine offrait des vues charmantes et surannées à l'œil des visiteurs… et du photographe!
Voici quelques images:

Dès l'accueil, un personnage costumé donnait le ton.

Une remontée dans le temps qui se confirme.

Serait-ce Jean Benoît Vincent Barré, l'architecte du château?

Cette dame n'était pas dans la liste, mais elle était là à point nommé pour une belle photo.

J'ai protégé ce château en 1907
   Sous ses colonnes, je patiente… 
je suis ... ?  Anna Gould, bien sûr ! Riche héritière américaine, elle acquit le Marais. C'est par elle que la famille Talleyrand arriva au château, lorsqu'elle épousa en 2es noces Hélie de Talleyrand-Périgord, descendant d'un frère de Talleyrand.

Petit personnel indispensable
Ma corbeille me tient compagnie.
Je suis près de l'ancien lavoir.

Dame auprès d'un jeu de croquet.

Dans mon jardin je tiens salon
avec mes invités: 
Madame de La Briche , bien sûr , qui se tient dans le jardin littéraire, bordé de panneaux présentant les invités de son Salon du Marais.

On dirait bien le poète et fabuliste Florian, grand organisateur des fêtes du Marais du temps de Mme de la Briche …

Près de la glacière...

Un écrivain visiblement: eh oui, c'est Prosper Mérimée !

Je crois reconnaître Violette de Talleyrand Périgord, duchesse de Sagan, qui fut propriétaire du château.

Mais oui, c'est bien elle!


Près du stand de crèpes, à la recherche d'une ombre bienfaisante.



Le château du Marais est ouvert au public tous les dimanches et les jours fériés à partir de 14h du 15 mars au 15 novembre.
Entrée: 8 euros. Gratuit pour les enfants de moins de 12 ans accompagnés.
Tous renseignements sur le site du château:




LES CONFERENCES DU MARAIS: MADAME DE LA BRICHE ET LE MARQUIS DE BONNAY.

Dans le grand salon du château du Marais, François Duluc, maître de conférences à Sciences Po Paris, a proposé une conférence sur deux personnages injustement méconnus du grand public, selon l'orateur: Madame de la Briche, propriétaire du château du Marais à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècles, et le marquis de Bonnay, qui entretinrent une liaison passionnée. "Revaloriser le rôle de certains  personnages  de l'histoire, c'est aussi la tâche de l'historien " fit valoir le conférencier, qui, pour sa part, avait été amené à s'intéresser de près  à ce couple en tant que descendant direct de Charles-François, marquis de Bonnay.

François Duluc pendant sa conférence.

Un rôle de premier plan.
Et il est vrai que son ancêtre joua souvent un rôle de premier plan à son époque: pendant les deux premières années de la Révolution, il fut plusieurs fois élu président de l'assemblée nationale, tant était apprécié son talent de conciliateur: "on m'appelle l'arc en ciel" disait-il, "tant je sais mettre fin aux orages". Il est l'auteur de 4 des articles de la déclaration de l'Homme et du Citoyen. Après l'épisode de la fuite du Roi à Varenne, il est soupçonné d' y avoir trempé et doit émigrer à Bruxelles, puis Coblence où séjournent les frères du roi.  Après avoir accompli diverses missions secrètes pour la famille royale, il devient en 1803 le secrétaire particulier de Louis XVIII en exil et gère notamment les finances de l'émigration. Lors de la première Restauration, il est nommé ambassadeur à Copenhague, il correspond avec Talleyrand pendant les 100 jours, et devient ambassadeur à Berlin au retour de Louis XVIII. Il sera ministre et membre du cabinet privé du Roi . Il finira sa carrière comme membre de la chambre des Pairs, et gouverneur du château de Fontainebleau.

                                               Adélaïde de la Briche  Charles-François, marquis de Bonnay
                                                    (1755-1844)                       (1754- 1825 )

Une liaison passionnée interrompue pendant 23 ans…
Mme de la Briche,veuve à 3o ans,  vouait sa vie à  élever sa fille. C'était une "excellente femme" selon Chateaubriand, qui soulignait son indéfectible aptitude au bonheur.Elle tenait salon chaque été  au Marais : elle y recevait de nombreux invités de marque et y organisait des fêtes avec le concours du fabuliste Florian, neveu de Voltaire. Cette femme aux idées libérales était la belle sœur de Mme d'Epinay et de Mme d'Houdetot, les protectrices de Jean-Jacques Rousseau. Il régnait dans son salon "un esprit de tolérance et d'amitié, une douceur de vivre", selon l'orateur. Elle organisait aussi des fêtes dans le parc du château pour les paysans de la région. Elle traversa la Révolution sans être inquiétée, en raison sans doute de sa popularité locale. Une de ses amies eut moins de chance, elle eut le cran d'aller lui rendre visite en prison déguisée en paysanne…
Le marquis de Bonnay et elle se rencontrèrent en décembre 1789 à Sannois, chez Mme d'Houdetot. Une  liaison passionnée s'ensuivit les deux années suivantes, jusqu'au 7 octobre 1791, date à laquelle Bonnay dut quitter Paris. Mme de la Briche lui fera parvenir des diamants pour qu'il puisse subvenir à ses besoins en exil. Pendant les 23 années de cet exil, ils entretiendront une correspondance, qui aujourd'hui est "un témoignage précieux sur les coulisses de 25 années d'histoire" , selon François Duluc. Il la reverra lors de la 1ère Restauration , et par la suite, lorsqu'il sera gouverneur de Fontainebleau, ils s'inviteront réciproquement jusqu'à sa mort survenue en 1825.

Château du Marais: perspective de la pièce d'eau.

Ce fut encore une de ces belles conférences, liées à l'histoire du château, qu'a voulues Mme de Bagneux, une des propriétaires actuelles du Marais : elles prolongent un peu l'esprit des rencontres d'autrefois, l'été, dans le salon de Mme de La Briche.

Le domaine du Marais est ouvert au public tous les dimanches et les jours fériés à partir de 14h du 15 mars au 15 novembre.
Entrée: 8 euros. Gratuit pour les enfants de moins de 12 ans accompagnés.
Tous renseignements sur le site du château: