correspondant agoravox

mercredi 29 novembre 2017

Les Ulis avant Les Ulis: une terre du HUREPOIX.



La ville des Ulis, créée officiellement il y a 40 ans, a poussé sur une terre du Hurepoix. Il s'agit du plateau de Courtaboeuf, qui domine la vallée de l'Yvette située plus au nord.
Mon petit doigt m'a dit que Les Ulis se sont installés sur, en fait, ce qui était l'ancien domaine du château de Saint-Jean de Beauregard, situé  tout près, au sud de la ville. C'est en effet la ferme de Villeziers, attachée au château, qui cultivait autrefois la partie qui constitue aujourd'hui la ville des Ulis.
On peut dire aussi qu'elle s'est construite sur une zone qui faisait partie du territoire de deux communes, Bures sur Yvette et Orsay. Dans un premier temps, une ZUP avait été créée sur

MANHATTAN sur Essonne...
Les Ulis, vus de Saint-Jean de Beauregard. JMS.

le plateau en novembre 1960, sur une surface de 265 hectares à cheval sur les deux communes; elle était gérée par un conseil de district de 8 membres, issus des deux conseils municipaux. Les constructions ont commencé peu à peu. Il a fallu attendre le 14 mars 1976,16 ans plus tard, pour que soit organisé un référendum : fallait-il regrouper Bures et Orsay avec la nouvelle ville, ou Les Ulis devait-elle devenir une commune à part? La majorité des habitants votèrent pour la 2e solution, ainsi que 22 élus sur 33. La commune des Ulis naquit officiellement le 17 février 1977. De mauvaises langues prétendent que des motivations politiques ont prévalu pour ce choix: cette solution aurait permis à Orsay et Bures de rester à droite... Les gens du plateau avaient majoritairement fait le choix inverse.


Si on allait à la recherche du Hurepoix avant les Ulis?

Au niveau étymologique, l'appellation "Les Ulis" viendrait du verbe issu du bas latin « uller » qui signifie « brûler ». « Le nom de la ville correspond donc aux terrains sur lesquels on brûlait autrefois les chaumes pour en constituer des engrais » . Cette opération réalisée par les moines de l'abbaye des Vaux de Cernay au Moyen-Age aurait permis de remplacer la forêt par un espace cultivable. Avant l'urbanisation, des champs de blé, de betteraves, de fraises, de légumes et de pâturages s'étendaient en effet à cet endroit.(1)
Plusieurs grandes fermes avaient exploité d'ailleurs, ce territoire : principalement les fermes de Villeziers, de Montjay, de Mondétour, de Courtaboeuf,  du Grand Vivier (2). Un internaute d'Orsay, Nicolas Koster, me fait part, sur la page Facebook "J'aime le Hurepoix", d'une autre étymologie:"J'avais lu une autre théorie qui parlait d'un gallo-romain nommé Uslo qui aurait possédé des terres sur le plateau", me dit-il. En effet, la région semble avoir été occupée dès l'époque gallo-romane, d'après certains vestiges trouvés au niveau du lycée actuel de l'Essouriau et vers Villejust.

Paysan cueillant des fraises sur le plateau de Courtaboeuf.1960. Cliché de Michel Duvergne.(Exposition Art et Architecture aux Ulis -Novembre 2017).

La ferme de Courtaboeuf, aujourd'hui enserrée dans la zone d'activités. JMS.

D'où vient le nom des Ulis?
C'est la SAMBOE (Société d'économie mixte d'aménagement de Bures, Orsay et Étampes) chargée de l'édification de la ville qui aurait proposé le nom "Les Ulis", une appellation issue de la toponymie locale. Y avait- il un lieu dit "Les Ulis" sur la zone ou non? Selon certaines sources (3) , il existait une seigneurie aux lieux dits Courtaboeuf et Grand Vivier dès le XII e siècle, et  le nom d'un fief des Ulys apparaît pour la première fois dans un inventaire de 1382. Est-on allé rechercher directement cette appellation dans des documents savants? A ce sujet, le témoignage d'une habitante d'Orsay, Josiane Mauchauffée, vient à notre rescousse : selon elle, "le terme toponymique Ulis existait déjà en 1950-60. Quelques belles maisons construites entre la rue des Chênes( Mondétour) et la rue des Ardennes ( alors chemin de terre) s'appelaient Villa des Ulis et Villa Boissière... L'escalier qui joint la rue des Ardennes à la route de Monthléry portait aussi le nom d'escalier des Ulis...Route de Montlhéry (à Orsay). un arrêt de bus  face à cet escalier  s'appelait " escalier des Ulis" ou tout simplement " les Ulis"". Donc à la lisière du plateau, à Orsay, se trouvait déjà, avant Les Ulis, un quartier où le nom de la future ville était utilisé. Simple appellation choisie pour un programme immobilier par un promoteur? C'était quand même une référence au Hurepoix ancien...Et l'escalier qui monte d'Orsay en direction du plateau ("escalier des Ulis") préexistait-il  à la "Villa des Ulis"? . Etait-ce ce voisinage seul qui avait donné l'idée d'appeler la nouvelle ville: les Ulis? Nous sommes finalement allés voir le cadastre napoléonien de Mondétour, et ô surprise: un lieu dit "Les Ulis" y figure bien, un peu au delà de la limite de Mondétour, à la lisière du plateau. Sur le plan Archangé de 1750, qui se trouve à la mairie d'Orsay, on peut voir qu'existait un chemin d'Orsay à Saint-Jean de Beauregard "en passant par Les Ulis". Mieux, on m'indiqua qu'un document du XVe siècle atteste que le dit fief des Ulis  se trouvait entre Montjay et Mondétour, c'est-à-dire à l'emplacement de la ville des Ulis aujourd'hui; il y aurait même eu une ferme, à peu près à l'est de l'actuel parc Nord, qui aurait été détruite au XVIII e siècle....Il est étonnant cependant que la dite ferme ne figure pas, du moins explicitement, sur la carte de Cassini ci dessous.


Carte de Cassini -XVIIe siècle.
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Les Ulis Limite communale.jpg

 Les Ulis a une forme en U et englobe le quartier de Mondétour à Orsay : à gauche les quartiers d'habitation, à droite la zone d'activités de Courtaboeuf .  
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Des lieux dits de l'ancien plateau de Courtaboeuf ont - il été repris pour désigner des quartiers ou des résidences de la ville?
C'est la question que nous nous sommes posés dans notre recherche du Hurepoix d'avant la ville... Courtaboeuf, Mondétour, Montjay, sont bien sûr des noms de sites antérieurs aux Ulis. Mais quoi d'autre? Les différents quartiers de la ville actuelle ont reçu, ont le sait , des noms de provinces


Plan de la partie "habitations" des Ulis.

françaises: ils s'appellent Champagne, Alsace, Ardennes, Normandie, Ile de France, Bourgogne, Franche Comté, Anjou, Périgord, Saintonge, Béarn, Cévennes, Ventoux, Franche Comté. Soit. Après tout, à l'origine, beaucoup d'habitants venaient de différents coins de France. A y regarder de plus près, les concepteurs de la ville ont même voulu faire du territoire des Ulis une sorte d'image de la France: au centre le quartier Ile de France, avec ses champs Elysées (Champs Lasniers), à l'ouest le quartier Normandie, à l'Est le quartier Ardennes et ainsi de suite...Y avait-il  suffisamment de lieux dits sur ce territoire fait de terres cultivées et de pâturages, pour qu'on y puise des noms pour la ville? Cependant , si l'on regarde de plus près les appellations des diverses résidences, certaines fleurent bon leur ruralité: les Hautes plaines, Tournemire, les Amonts, les Avelines, la Daunière, le Bosquet, Courdimanche, les Bathes , Chanteraine, les Chardons, les Millepertuis, les Fraisiers, le mas Laurent, le Bois du Roi....Il en est de même de certains noms de voies de circulation, à commencer par les Champs Lasniers, l'avenue principale des Ulis. Je ne vois à première vue qu'une référence claire au plateau d'avant Les Ulis: les fraisiers. D'où viennent donc les autres noms? J'ai consulté ici et là des personnes susceptibles d'avoir des lumières sur la question. J'ai ainsi appris que Chanteraine  viendrait effectivement d'un nom de lieu-dit local: "chante rainettes". Par ailleurs, le terrain du collège des Amonts serait sur un lieu dit  TROU ROUGE, mais l'appellation n'a pas été reprise pour désigner quoi que ce soit. Ensuite je me suis interrogé sur le nom de l'actuelle résidence du bois du Roi  aux Ulis: renvoyait-il à un ancien lieu dit local? D'après Josiane Mauchauffée, ce nom avait été attribué dans les années  30 à un lotissement de pavillons situé à Orsay tout près de l'actuelle rue des Ardennes : ensuite un ancien chemin proche avait été transformé en rue et appelé en conséquence  "rue du bois du Roi". Cette appellation se référait-elle au départ à un éventuel ancien bois de ce nom?. Le nom de l'actuelle résidence du Bois du roi aurait-il juste été  choisi car tout proche d'un quartier et d'une rue d'Orsay appelés ainsi? Sur la carte d'Archangé de 1750, on voit  qu'une  "route royale pour la chasse" traversait les bois situés au sud d'Orsay.Il y a peut-être eu en conséquence une appellation de ce type? La récolte était maigre. Décidément, je me disais qu'il y avait très peu de références au Hurepoix d'avant les Ulis dans notre ville, mis à part le nom même de la ville.


Il existait déjà à Orsay-Mondétour une rue et un chemin du Bois du Roi.

Lorsqu'un beau jour, un internaute me communiqua sur la page Facebook "J'aime le Hurepoix" un document officiel (4) qui m'apprit que les concepteurs des Ulis n'avaient pas voulu justement qu'il y ait une rupture brutale dans la nouvelle ville avec ce qui existait avant, et que, pour cette raison "l'appellation des résidences provient des noms des terroirs mentionnés sur le cadastre napoléonien". Grande nouvelle! Ainsi donc le passé du territoire n'aurait pas été rejeté dans les oubliettes du modernisme! Hommage lui serait donc rendu par ces noms  qui m'avaient semblé fleurer bon leur ruralité! Sur le cadastre de Mondétour, je ne repérai, outre le lieu-dit "Les Ulis", que "les pendants de Villeziers" qui ont donné leur nom à une résidence (quartier Ventoux). L'examen du cadastre de Bures sur Yvette (section Montjay) a été plus fructueux : il existait bien un lieu dit "champ lasnier", d'où le nom de l'avenue principale des Ulis, "champs lasniers"au pluriel(clin d'œil aux Champs Elysées parisiens), un lieu dit "Les Amonts", un autre nommé "la dimancherie" (une école a pris ce nom), un autre nommé lessouriau (d'où le nom de l'actuel lycée)... Dans le quartier Champagne, une résidence s'appelle "Les Vignes", sans doute un écho au lieu dit "La vigne de Bures" du cadastre. Dans ce quartier, les Pampres et la Treille ont sûrement été nommés dans la logique de l'idée de la vigne et non à partir de lieux dits préexistants. Dans le quartier Cévennes, il existe une résidence "le mas Laurent", appellation visiblement inspirée par le lieu dit " la mare Laurent" . La moisson est un peu plus réconfortante! Néanmoins, les autres noms de résidences ne correspondent pas à des lieux dits figurant sur le cadastre napoléonien. Les créateurs de la ville ont dirait-on bien manqué de noms locaux et complété par des noms ruraux empruntés peut-être ailleurs, à d'autres régions. Chanteraine, qui ne figure pas sur le cadastre, en est un exemple, ou encore Les Avelines , référence aux noisettes...les Hautes plaines, la Chataigneraie sont des créations à connotation rurales faciles. Il en est de même des Bergères, nom des hautes tours de la ville: une création sans doute métaphorique de plus, du fait de leur haute taille, les autres résidences ou maisons apparaissant comme le troupeau qu'elles guident...Cependant les Bathes, le Barceleau, le Vaucouleur, les Millepertuis, Tournemire, la Daunière ... laissent davantage perplexes...Il y a bien des archives quelque part  qui en parlent? L'enquête se poursuit.

Aucune référence au mot "Hurepoix" aux Ulis.
Il y a une lacune qu'on pourrait peut-être éventuellement combler: il n'y a pas de  référence au mot HUREPOIX dans notre ville, pour nommer un quartier, ou pour désigner ne serait-ce qu'une ruelle? C'est un peu dommage! S'il y avait une telle référence, cela rappellerait que nous sommes dans cette région et cela favoriserait un sentiment d'appartenance  à celle-ci?
Pourquoi par exemple ne pas nommer le parc Nord , qui n'a pas vraiment de nom: parc du Hurepoix? D'ailleurs, n'est-ce pas réellement un petit morceau de Hurepoix qui a été préservé? De plus, il est contigu au quartier Ile de France, cela ne contredirait pas la logique  des appellations de la ville...  Quant au parc sud, on pourrait lui donner le nom du lieu dit le plus proche, par exemple "parc des Gâtines "( lieu dit voisin). Ou encore, le nom que le site avait au XVIIe siècle, si j'en crois la carte ci dessus: parc ou bois des Carres? Qu'en pensez-vous?

JMS dernière mise à jour 27/12/17.


AVANT LES ULIS: LE  TEMOIGNAGE D'UNE HABITANTE D'ORSAY.
Née en 1945, Josiane Mauchauffée vivait avec ses parents à Orsay, rue de Villeziers, c'est-à dire à la lisière est du territoire actuel des Ulis. De chez elle, pendant toute sa jeunesse, elle avait vue sur la partie du plateau qui correspond au Nord de l'actuelle ville, située entre Mondétour et Montjay.

  "Mon enfance s'est déroulée au milieu des champs, entre Mondétour, Montjay et Villeziers. Mon jardin  jouxtait les champs , mon horizon, c'était Montjay. A la nuit tombante, je regardais scintiller au loin les maigres lampadaires de la rue du Beau Site ( Montjay)" dit-elle. Et elle ajoute joliment:
"L'hiver, un vent méchant soufflait de l'ouest, et balayait les champs dénudés entre Montjay et ma maison ; je passais des heures à regarder la course des nuages au-dessus de cet univers inanimé."

CLIQUER SUR L'IMAGE POUR L'AGRANDIR.
On aperçoit à droite la rue de Villeziers, et la rue du Bois du Roi, à Orsay. On voit à gauche une partie du nord des Ulis .
Le village de Montjay (situé dans la commune de Bures) se trouvait tout à fait à gauche, Mondétour est à droite.
Villeziers est aujourd'hui un hameau situé au sud des Ulis, dans la commune de St Jean de Beauregard.
(Voir la carte de Cassini au dessus).

*LES RUES DES ULIS AVANT LES ULIS:

Où il apparaît que les voies principales de la nouvelle ville sont les anciennes routes  du plateau rebaptisées.

. Quartier Ardennes (voir carte n°2 au dessus):
Les rues qui le délimitent étaient autrefois des chemins de terre:
"Des chemins de terre délimitaient un quadrilatère  repris par la voirie des Ulis : avenue de Villeziers à Mondétour, avenue d'Alsace, rue de Champagne, rue des Ardennes, chemin du Bois du Roi."

. Autres rues des Ulis reprenant un tracé antérieur:

Depuis Orsay (Mondétour) deux routes traversaient le plateau, l'une menant à Montjay, l'autre à Villeziers, deux villages de quelques centaines d'habitants, tous deux dotés d'une ferme, d'un café épicerie tabac, et d 'une chapelle , selon Josiane.

"Les actuelles avenue de Bourgogne-rue des Cévennes s'appelaient alors Route de Villeziers ; en 1950, elle était asphaltée mais sans trottoirs : c'étaient des caniveaux remplis d'eau l'hiver, et une lisière herbeuse le long du champ." 
Le début de cette route est toujours là à Orsay (cf plan ci dessus)

Villeziers et sa ferme existent toujours, ils font partie de la commune de Saint-Jean de Beauregard.
"La ferme abritait le café-épicerie Godier, où j’allais souvent avec mon oncle, bien calée dans sa carriole à mains. Pendant qu’il faisait ses achats, je regardais les canards de la mare"(située en face), nous dit Josiane.

 "L'avenue de Berry et l'avenue d'Anjou étaient autrefois  la route de Montjay".
Le début de cette route est toujours là à Orsay (Cf plan ci dessus)

 
La chapelle ND de Montjay a été édifiée dans le corps de l'ancienne ferme suite à une donation de 1954 (commune de Bures sur Yvette).

. A propos de l'"escalier des Ulis" à Orsay (cf carte):
"L'escalier qui joint la rue des Ardennes à la route de Montlhéry portait aussi le nom d'escalier des Ulis. Seule la partie basse entre la rue des Platanes et la route de Montlhéry. était utilisée ; la partie haute était envahie de ronces et d'orties, totalement impraticable. De plus les marches en terre étaient démolies, les enfants s'en servaient comme piste de glissades"

* A PROPOS DE L'ACTUEL PARC NORD:
Selon Josiane, le plateau était parfaitement plat, et sec, il ne s'y trouvait pas d'étang. Le parc Nord, ses étangs, ses collines (constituées par des remblais de terre retirés des fondations des immeubles) sont  bien une parfaite création des architectes.

* A PROPOS DE LA FERME DE MONDETOUR:

"Quand j'étais enfant ( 1950-55) les terres occupées maintenant par l'école étaient encore cultivées et entourées par des murets. Les ouvriers agricoles habitaient la ferme elle-même. Plus tard, c'est M. Bonvicini qui y a installé son ébénisterie Les Compagnons du Rabot ( 1957-58 )."

Les activités agricoles sur le plateau :

Josiane Mauchauffée se souvient:

"L'espace qui s'étendait entre Mondétour et Montjay ( actuellement Les Ulis Barceleau et Bathes) était couvert de champs de fraises appartenant à un cultivateur de Villeziers, M. Poirier ( ça ne s'invente pas !). Il faisait de la vente ambulante de légumes dans les rues de Mondétour, avec une camionnette. Dans les années 1950, son véhicule était une carriole hippomobile bâchée. Pour les fraises, après la cueillette le matin dans les champs, les cageots étaient stockés au frais dans des cabanes de paille jusqu'au ramassage en fin d'après-midi par la camionnette. L'hiver, les cabanes de paille servaient de refuge aux chasseurs. Au printemps, certains couples d'amoureux s'y ébattaient (ah bon?). "
    
Une de ces cabanes de paille dont parle Josiane (au fond à droite).

La cabane qu'on voit  derrière ce sympathique bonhomme de neige" se trouve à peu près à l'emplacement des immeubles de l'allée Limousine, au Barceleau." explique notre témoin." Le champ avec les pommiers recevait en alternance des fraisiers pendant trois ou quatre ans, puis du blé pendant un an pour reposer la terre. Les pommes étaient affreusement acides, petites et piquées des vers ! ( il y avait de gros trous dans notre grillage, je m'y faufilais en été et j'allais chaparder une ou deux pommes...). A l'époque de la cueillette des fraises, les ouvriers/ères arrivaient très tôt, à la fraîche, vers 7h le matin. Ils étaient cinq ou six, et mettaient la matinée pour " faire" tout le champ ( qui descendait jusqu'à la rue du Bois du Roi). Les fraises étaient rangées dans des paniers d'osier, sur un lit de feuilles et recouvertes de feuilles pour les garder au frais. Les paniers, entreposés dans la cabane, étaient "ramassés" par une camionnette en fin de matinée ou tout début d'après-midi et emportés, où ??? à la gare pour partir sur Paris ? M. Poirier vendait une partie de sa récolte en porte à porte l'après-midi dans Mondétour. Souvenirs, souvenirs, j'avais entre 6 et 8 ans..."

ALBUM DE PHOTOS:
Josiane  a eu la gentillesse de nous ouvrir son album de photos.

Sur la route de Montjay, qui traversait l'actuel nord des Ulis d'est en ouest. En arrière plan: Mondétour.

Cette photo de 1937 est prise entre l'actuelle rue des Ardennes  (auj aux Ulis)  la rue de Villeziers ( à Orsay), dont on voit la ligne de maisons au fond. Entre les deux un autre chemin devenu la "rue du Bois du Roi".
Donc nous sommes vraisemblablement à l'emplacement de l'actuelle Résidence Le Bois du Roi...
"A droite du couple sur la photo,  les champs de M. Poirier ( agriculteur à Villeziers)."On le distingue mal, mais" sur leur  gauche, un agriculteur est occupé à récolter sans doute des salades mises à blanchir sous cloches ( taches blanches)" .

Cette photo est prise sur la route de Montjay, mais côté Montjay cette fois; en arrière plan, ce sont les  champs en direction de Mondétour. On aperçoit à gauche quelques arbres qui bordaient ce qui est devenu l'avenue de Champagne et une meule de paille, banale dans le paysage d'alors.
"Parfois elles prenaient feu: voir au loin ce brasier dans la nuit me terrorisait" dit Josiane, qui avait alors 6-7ans; La photo date donc de 1951-52.

Sur cette photo de 1960 on voit le viaduc de Mondétour (à droite : Orsay). L'éphémère voie ferrée Paris-Chartres y passait. "On voit encore l'arène sableuse laissée par le ballast de la voie Paris- Chartres : cette coulée verte était la promenade favorite des gens du coin le dimanche". Depuis la route  qui relie directement Les Ulis à l'A10 , qu'elle rejoint à la hauteur de Massy-Palaiseau, y passe.
"Hiver 68: le chantier des Ulis vu de ma chambre"
Ce qui nous rappelle que si Les Ulis est née officiellement en 1977, les constructions avaient commencé bien avant. Ce sont les BATHES que l'on aperçoit ici. Les premiers habitants étaient  des étudiants de l'Université d'Orsay. Puis vinrent de jeunes couples avec des enfants en bas âge...

Même époque: on aperçoit sans doute à gauche les baraques des ouvriers. Au fond, on voit un espace boisé qui se trouvait derrière le chemin rural devenu l'avenue de Champagne: vraisemblablement le bois qui borde encore l'actuel parc Nord. "Il y avait une maison de week-end rarement occupée " nous dit Josiane. A l'époque, d'après Josiane, on appelait ce bois "le bois Marie", on y passait pour descendre à Bures.

Les Ulis en 1969 (cliquer sur l'image pour l'agrandir):
L'avenue de Villeziers est en bas et à droite; en face le Barceleau, plus loin les Bathes, plus à droite le Bois du Roi en construction (on devine des grues);à gauche, diverses autres résidences, au fond à gauche, les tours des Ulis (les Bergères), et à droite des tours le vaste espace plat bordé d'un bois où a été créé l'actuel parc Nord. Pas d'étangs, pas de collines à l'époque! On devine le tracé de la future avenue de Champagne entre cet espace et Barceleau/ Bois du Roi.

Josiane a donc vécu là, à la lisière du plateau, une enfance heureuse à la campagne, jusque dans les années 60:
" J’ai tant de merveilleux souvenirs : un large horizon, le vaste ciel  au-dessus des champs, les oiseaux... Merveilleuse enfance!  Voilà pour le quart d’heure nostalgie, qui explique qu’Orcéenne de fait, je suis quand même aussi un peu Ulissienne: le plateau, c’était mon terrain de jeu!"

  UNE PHOTO QUI EXPLIQUE BEAUCOUP DE CHOSES...

Maison de la rue de Villeziers aujourd'hui.
En arrière plan, un bâtiment du Barceleau.

Un beau jour, les riverains de la rue de Villeziers à Mondétour, ont vu se dresser une muraille devant leurs fenêtres! Adieu la vue imprenable sur la campagne du plateau!
On peut deviner que la création des Ulis n'a pas fait que des heureux! On peut même dire qu'une certaine ulissophobie s'est déclarée à l'époque chez les riverains...

Ils  ont demandé à la municipalité d'Orsay de planter un rideau de peupliers pour leur cacher la vue des bâtiments...
Et ceci explique sans doute aussi un certain problème de rues en impasses revenu récemment dans l'actualité!

Néanmoins, les habitants de Mondétour ont trouvé tout de même un avantage à la création des Ulis: ils ont pu  faire leurs courses à pied au petit centre commercial de Courdimanche tout proche, ce qui leur évitait d'aller jusqu'au centre ville d'Orsay...

GRAND MERCI A JOSIANE POUR CES INTERESSANTS RENSEIGNEMENTS ET DOCUMENTS !


Autres sources: (1):exposition Art et Architecture aux Ulis.(3): wikipedia et diverses.(4) Document officiel: diagnostic patrimonial Ile de France.

(2 ) Sur les FERMES du plateau de COURTABOEUF, voir notre article:
https://jmsattohurepoix.blogspot.com/2017/02/lancienne-ferme-de-courtaboeuf-aux-ulis.html                                                                                             

* A VOIR AUSSI:
          LES ULIS, UNE REVE D'ARCHITECTE ANCRE SUR UNE TERRE DU HUREPOIX:
                             visite de l'exposition ART et ARCHITECTURE aux ULIS.
          Cf: https://jmsattoblogazettedesulis.blogspot.com/2017/11/les-ulis-un-reve-darchitecte-un-petit.html

3 commentaires:

  1. De bien beaux souvenirs que relate Josiane ! ! ! J'avais 5 ans en 1968 lorsque avec mon grand-père, nous observions appuyés sur le grillage du fond du jardin, les bulldozers défoncer les champs de blé (même pas moissonnés pour certains). C'était ce qui allait devenir "la chataigneraie". Merci François Cottebrune

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  2. Ce que je lis confirme ce que j'ai entendu dire pendant mes 5 ans à Orsay : volonté de maintenir le lien avec le passé, utilisation des noms locaux (pour les résidences)-Christian Coullaud

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