correspondant agoravox

mercredi 28 septembre 2016

LES ANCIENS BUS PARISIENS A PLATE FORME ONT FAIT LE PLEIN LORS DES JOURNEES DU PATRIMOINE 2016.

Christian Coullaud, grand passionné d' autobus devant l'Eternel , a participé  à l'opération organisée par la RATP à Paris pour les JEP 2016. Nous lui donnons la parole:

Malgré les craintes du public en ces temps d'insécurité, malgré les polémiques sur la pollution, les bus parisiens à plate-forme ont fait le plein lors des Journées du Patrimoine RATP des 17 et 18 septembre 2016.

L'association www.autobusdeparis.com avait mis en service ses trois plus beaux exemplaires de 1931, 34 et 37 dans un parfait état de restauration. 6000 voyageurs se sont succédé en deux jours et pas seulement des septuagénaires nostalgiques soucieux de faire revivre, l'espace de quelques heures, le charme du « bon vieux temps ».

On mesure combien ces mécaniques d'un autre âge, disparues depuis plus de 45 ans, sont définitivement associées à l'image du Paris éternel : beaucoup de photos déjà diffusées sur les cinq continents et surtout beaucoup d'émotion et de sourires.

                                               A Paris dans les années 60.

L'intergénérationnel est une notion à la mode qui vit réellement dans ces rencontres informelles : chacun y va de son anecdote et les plus jeunes, qui n'ont pas connu ces véhicules, sont heureux de les découvrir, de participer aux conversations sur la plate-forme ou, pour quelques privilégiés férus de mécanique, de faire quelques kilomètres, cheveux au vent, à côté du conducteur.

Chacun peut constater que si beaucoup de choses ont changé en 80 ans, le transport urbain reste le flux sanguin qui, depuis bientôt 200 ans, irrigue la capitale.


C'était le temps de la 4 chevaux....


A vitesse variable selon les époques, le bus est le compagnon quotidien de l'homme dans ses déplacements professionnels, ses loisirs, sur le chemin du bureau, de l'atelier ou de l'école. Des relations s'y nouent.

Le look de ces lourdes machines surprend mais n'étaient-elles pas le produit du génie humain, à la pointe du progrès technique, lorsqu'elles furent conçues ?




Et quel encouragement pour ceux qui ont restauré ces bus de voir l'intérêt qu'ils suscitent de nouveau après un si long sommeil ! Le patrimoine industriel devient, au fil des années et au-delà d'une simple émotion passéiste, un sujet de recherches universitaires, l'éveil d'une vocation pour certains jeunes, qu'il nous appartient d'entretenir.



Christian Coullaud


                     * LE TEMOIGNAGE D'UN VOYAGEUR D'UN JOUR :

Thomas C., 23 ans, étudiant à l'école des Chartes, qui n'a pas évidemment connu le

temps des autobus à plate-forme,  a été conquis par l'antique engin..
.


C'est au cours de ces deux jours exceptionnels que j'ai eu l'occasion de découvrir, il y déjà trois ans déjà, l'existence de ce patrimoine.


J'ai été surpris de voir, par hasard, déambuler ce cortège à la fois iconique et méconnu de la plupart du public, si ce n'est dans une représentation d'un Paris éternel et désormais lointain et que nombre de touristes tentent de retrouver en parcourant la capitale.


Au même titre que les airs d'accordéon, les réverbères en fonte, les fontaines Wallace, les kiosques à journaux et les colonnes Morris, les autobus parisiens sont un des symboles d'une représentation fantasmée de la France, bien que réels.


                  "un tour entre les monuments les monuments les plus réputés de Paris"


A l'exception près que ce symbole - que Paris n'a pas su maintenir - n'est visible qu'une seule fois par an, quand les double-deckers londoniens, parfois des décennies après leur mise en service, continuent leur patient labeur, entourés de la bienveillance dont l'usager quotidien peut faire preuve face à un compagnon si fidèle et vaillant dans le fil des jours.

Si l'action de la RATP et des bénévoles entièrement dévoués à maintenir un patrimoine peu connu se trouve récompensée le temps d'un week-end, cela est avant tout dû à l'occasion offerte aux curieux d'effleurer le Paris des années 30, des années 50 ou des années 60, le temps d'un tour entre les monuments les plus réputés de notre pays.

Le charme de la plate-forme, les trépidations de la caisse, la surface glacée de la moleskine frappée du logo de la RATP, les odeurs d'essence et de vieille mécanique chaude (comme on ne peut jamais en sentir dans aucun musée) font que chacun y trouve son compte, du nostalgique au petit garçon attiré par les camions.

                                        "la surface glacée de la moleskine..."

La machine donne corps au rêve, et si le rêve n'accompagne pas le passager curieux, la balle est dans le camp de la découverte d'un monde inconnu, et de la belle rencontre inopinée.

La mauvaise humeur dont la légende affuble le Parisien était abolie par ce retour à la simplicité. Prendre un de ces bus revient à se plonger dans la douceur plus ou moins fantasmée d'un monde disparu. Cette douceur, enjolivée par les souvenirs des témoins et embellie par les paroles des anciens, confère un charme indéniable à la manifestation.

Le temps d'un trajet, Paris devient un village bienveillant où chacun se rejoint dans une communauté de souvenirs ou d'impressions nouvelles.

Le provincial passionné de vieilles voitures que j'étais a non seulement découvert une capitale qu'il ne connaissait pas de la manière la plus charmante qui soit, mais a également fait connaissance de ces quelques septuagénaires nostalgiques à la passion si communicative, qui ont fait que pour rien au monde, je ne raterais cette manifestation dont on ne peut se lasser.


La ligne 58.

Il est impressionnant de constater la précision, l'érudition qui anime les passionnés, capables de reconnaître le trajet d'un de ces bus par son simple numéro, capables de mentionner la plus minime des caractéristiques techniques d'un véhicule avec une précision encyclopédique.

Si cela est connu du monde des amateurs de voitures et de motos anciennes, aucun ne peut se targuer de connaître les trajets passés de son véhicule comme ces passionnés le font; exception faite des véhicules qui ont eu la chance de traverser paisiblement leurs années de purgatoire dans le garage ou la grange familiale, et qui ont échu dans les mains du collectionneur dévoué.

En outre, si l'aspect humain a été primordial dans l'approche de ce monde exotique, notamment grâce au chauffeur de l'un de ces bus me donnant le privilège de m'asseoir à ses côtés, c'est aussi la curiosité technique qui m'a poussé à approcher ces outils d'autrefois.

Bien que ces bus aient le privilège d'avoir leurs vieux enfants pour raconter leur histoire - tandis que beaucoup de voitures sont des orphelines gardées par un passionné protecteur - il n'en reste pas moins que l'observation des mécanismes apporte son lot de surprises et de questionnements.

                                                    Mécanismes d'autrefois....

Ces autobus sont aussi le témoignage que les ingénieurs de Louis Renault nous ont laissé dans la forme muette des pièces mécaniques : témoignage d'un monde en pleine révolution industrielle, où les débuts héroïques de l'automobile n'étaient pas si lointains.

L'épaisseur des tôles, l'absence d'assistance de direction, les volants surdimensionnés, la position de conduite surélevée sont autant d'éléments qui poussent au dépaysement et à la mise en question de l'utilisation des véhicules actuels. Les gestes évidents d'aujourd'hui ne l'ont jamais été, et sont le résultat d'années d'usage, de déconvenues, de mise au point patiente.

La découverte des solutions techniques de l'époque, pour qui sait observer, nous montre à quel point la culture matérielle d'une société est faite de changements et de permanences, et ce dans le moindre de ses objets.

Chaque année, je ne me lasse pas de me rappeler à quel point les années 30, à travers ces témoignages animés, sont faites tant de modernité que de traditions séculaires.

Penser au contexte de fabrication de ces bus, c'est penser à la modernité époustouflante de la firme de Louis Renault, un innovateur que Schumpeter n'aurait pas renié. Si l'on excepte l'habitacle issu des voitures à chevaux de la Compagnie Générale des Omnibus, imaginez que ces bus, de la coulée d'acier jusqu'à à leur mise en service, n'ont bénéficié de l'expertise et du savoir-faire que d'une seule entreprise : Renault.

chassis...

Imaginez que leurs moteurs, pendant près de quarante ans, ont tenu la dragée haute dans un des trafics urbains les plus denses.

Imaginez que ces mêmes moteurs, entre autres raffinements, possèdent des pompes de refroidissement, démocratisées sur l'ensemble des véhicules seulement une dizaine d'année après la mise en service de ces derniers.

Tout cela pousse à l'admiration, et à la surprise, si l'on considère malgré tout que le moteur est encore placé là où se trouvait le cheval au temps des omnibus, et que le chauffeur fait encore office de cocher, surélevé dans son baquet de tôle exposé à tous les vents.

Pour un jeune homme de 23 ans, toutes ces choses confèrent étonnement et surprise face à ce qui fait et ne fait plus notre quotidien : des pratiques encore bien vivantes aujourd'hui qui créent le lien avec les générations précédentes, et des gestes, des modes de pensée oubliés, qu'une archéologie des transports pourrait faire revivre rien que par l'observation des mécanismes, que certains curieux et passionnés pratiquent déjà.

                                                       Plaque d'autobus.

Pour cela, et malgré le contexte de plus en plus autophobe de ces dernières années, il est légitime de louer l'accueil chaleureux du public face à ces manifestations trop rares, et pourtant dignes d'intérêt. C'est une occasion de transmettre la flamme de la passion, avec toute sa chaleur et sa lumière, tant aux générations présentes qu'à venir, pour ne pas perdre la mémoire d'un passé qui, inexorablement, s'éloigne de nous, et dont les traces les plus infimes sont les premières à disparaître.



Thomas C.

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