correspondant agoravox

jeudi 28 septembre 2017

LES JEP A FORGES LES BAINS: QUAND LA MAIRIE S'APPELAIT LE "CHATEAU DE LA HALETTE"


La superbe mairie de Forges les Bains était autrefois une demeure privée appelée" château de la Halette". A l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine, la municipalité, à l'initiative de Séverine Martin, ancienne élue déléguée à la Culture, a  proposé  dimanche 17 septembre une évocation théâtralisée de l'histoire de ce château , avec le concours de la compagnie Etosha. Tout a commencé dans l'église de Forges, où l'association des Amis de l'église avait conçu une belle présentation par panneaux pédagogiques des richesses de celle-ci. Devant l'édifice, une sorte de M. Loyal a accueilli les Forgeois. Un faux clochard très calé en architecture médiévale en a ensuite présenté les caractéristiques à sa manière un peu surprenante. Après quoi une première saynète, devant le confessionnal, a fait revivre Mme Labarth, qui fit construire La Halette en 1865, suite aux

                                       La mairie a revécu le temps du château de La Halette.

préconisations d'une cartomancienne ! Depuis l'église, les habitants ont suivi deux magnifiques cavaliers, venus de la ferme  Van Dooren, jusqu' au château , et là une série de saynètes ont évoqué divers épisodes de son histoire, comme l'occupation prussienne en 1870, puis allemande durant la dernière guerre, ou encore l'époque de la  dernière famille propriétaire du château, les Caloni." Cette animation a été construite sur la base d'une documentation , notamment les 4 ouvrages de Mme Petit sur l'histoire de Forges rédigés dans les années 90" a précisé Julien Lecomte, chargé de l'événementiel auprès de la municipalité. Le bâtiment fut tour à tour occupé par plusieurs familles     (Schleicher, Fontane puis Caloni). Il a été racheté par la commune en 1984 de peur qu'il échoie à un promoteur immobilier qui aurait pu en faire un usage indésirable...

                                       DES IMAGES ...


Devant l'église: une sorte de M. Loyal va guider les habitants au fil d'un voyage dans le temps.

Première saynète dans l'église: Mme Labarth annonce la construction du château de La Halette.

Départ vers le château derrière deux magnifiques cavaliers.

Dans le parc de la mairie pour la suite de l'"évocation théâtralisée" du passé de Forges.

Ici une saynète évoque le temps où le château était occupé par les prussiens en 1870;

Deux soldats prussiens ivres font du tapage au balcon...

Plusieurs saynètes évoquèrent ainsi divers épisodes du passé de l'actuelle mairie pour le plus grand bonheur des spectateurs

Quelques infos supplémentaires:

Le spectacle a été écrit et mis en scène par Marie-Lise Gault (Compagnie Etosha) et Eric Pitton (auteur).
La visite était guidée par le comédien, David Braun.
Les comédiens amateurs des Tréteaux Ivres de Forges, de la Boîte à Bonheur de Nozay et de la troupe de Dourdan ont interprété les saynètes.
Le concert de Flûte traversière était assuré par Janine Hingston.

      * Voir aussi notre article dans LE REPUBLICAIN de L'ESSONNE du jeudi 21/9/17.

mercredi 27 septembre 2017

PATRIMOINE: LE CHATEAU DE GROUSSAY A MONTFORT L'AMAURY EST OUVERT A LA VISITE: FABULEUX!

Depuis 2016, il y a du nouveau au château de Groussay. Nous connaissions déjà son vaste parc agrémenté des "folies" ou fabriques installées là dans les années 60 par l'esthète Charles de Beistegui, à qui sa richesse permettait toutes les fantaisies. La  nouveauté est que le château lui même est ouvert à la visite, ce qui n'était pas le cas auparavant.
Et franchement, quelle bonne surprise! S'il a été vidé de ses meubles d'origine, le château a gardé une grande partie de la décoration réalisée après 1950 par Charles de Beistegui.
On retiendra notamment un escalier d'entrée prodigieux, une bibliothèque monumentale et magnifique, des couloirs d'angle harmonieusement décorés, des lustres fabuleux pratiquement dans chaque pièce, et pour finir le clou de la visite, le théâtre baroque, un bijou, en parfait état après la rénovation effectuée par l'association.

"Nous avons encore la tête dans les étoiles du château de Groussay !" me dit une amie dans un message, de retour chez elle après la visite. C'est dire!

A LA DECOUVERTE DU CHATEAU:


      On arrive d'abord devant l'harmonieux château. Seule la partie centrale a été édifiée en 1815 pour la duchesse de Charost, fille de Mme de Tourzel, gouvernante des enfants de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Charles de Beistegui, qui avait acquis le domaine en 1938, y ajoute en 1952  deux ailes respectant le style initial qui lui donnent véritablement la belle allure qu'il a aujourd'hui..
L'ensemble est classé monument historique depuis 1993.
Il est construit en plâtre creux et non en pierre: le château est un peu un simple décor de 2500 m2.
La duchesse d'Angoulême ou encore Napoléon III  y ont résidé.

       Charme supplémentaire en automne, la beauté de cet arbre situé à  gauche de l'édifice.

Les visiteurs sont accueillis par Gaël, de l'association "Patrimoine Aventure", une équipe de bénévoles qui restaurent et entretiennent le château en accord avec les nouveaux propriétaires, un société d'Ouzbékistan, et les Monuments historiques.
Le château après la mort de Beistegui survenue en 1970 a eu divers propriétaires. Parmi eux, signalons Jean-Louis Rémilleux, actuel réalisateur de l'émission Secrets d'Histoire, animée par Stéphane Bern, qui  entreprit sa restauration après 2001, et ouvrit pour la première fois le parc du château à la visite .

    Lorsqu'on entre, première surprise, avec ce  prodigieux escalier créé par Charles de Beistegui, qui a complètement remanié l'entrée de la partie centrale du château , qui date elle du début du XIX e. Beistegui s'est inspiré de l'escalier de la maison de Chateaubriand à Châtenay-Malabry.

  Les petits éléments décoratifs et l'essentiel de l'ameublement ne datent pas de l'époque de Beistegui, car après sa mort, tout le contenu a été plus ou moins rapidement vendu et  dispersé. Seuls quelques éléments "classés" ont été maintenus sur place, nous en verrons quelques uns.
L'escalier n'est pas en bois précieux, mais en bois ordinaire peint. L'essentiel pour Beistegui est l'effet produit. Ceci confirme que le château est avant tout un décor.

L'entrée est surmontée d'une ouverture circulaire qui donne sur l'étage supérieur.

Et l'on découvre aussi le premier des incroyables lustres, tous élégants et différents, qui ornent les  pièces du château.
Beistegui, paraît-il, aimait à se poster au dessus de cette ouverture pour voir quels visiteurs arrivaient.

Au mur, une décoration animalière apportée par l'association.

LA VISITE SE POURSUIT ALORS DE PIECE EN PIECE :

Un salon d'abord - les meubles ici ne sont pas d'origine.

Encore un joli lustre...

       On découvre ensuite la salle de billard, surmontée d'un lustre conçu par Emilio Terry, dont l'allure extravagante laisse le visiteur bouche bée!

Autre vue.
Au mur des photos de notre guide Gaël, photographe d'art.

Magnifique poêle autrichien en faïence aussi dans cette pièce. (Photo: Danielle PC). Un petite bûche introduit dans le poêle suffisait pour chauffer la pièce, tant la faïence décuplait la chaleur.


                                      Autre lustre, en verre de Murano, dans la salle à manger.
                       Beistegui connaissait bien Venise, où il avait une demeure, le palais Labia.

Cheminée d'origine, meubles rapportés.

Dans l'aile droite du château, un couloir incurvé a été magnifiquement décoré pour Charles de Beistegui.

  Ici un superbe tableau représente un cheval et son cavalier sur la place Royale à Paris (actuelle place des Vosges).

                                                                     Vue plus large.
Beistegui avait d'abord acquis les banquettes incurvées. Il a demandé à son architecte de concevoir dans les extensions des couloirs incurvés pour que les meubles puissent s'y adapter!

La cheminée est tapissée de porcelaine de Delft, un procédé décoratif omniprésent au château. C'est une fausse cheminée, en bois peint. Toujours l'illusion, l'important c'est le décor.


Zoom sur le dessus de cheminée.

 Toujours dans l'aile droite, les visiteurs se retrouvent dans une vaste et magnifique salle de bal. Pendant 20 ans, Beistegui a organisé au château de somptueuses fêtes, invitant tout le gotha, dont de nombreuses têtes couronnées. Elisabeth II par exemple fréquentait Groussay.

On voit  dans la décoration tout le goût de Bestegui : c'est lui qui l'a entièrement conçue.
Le tableau en haut et à droite est un don .

Fabuleux, le lustre!
Le plafond à caissons est en bois, ce qui amortit le bruit.

Et le carrelage en harmonie !

Les portes sont inspirées de celles des appartements du pape au Vatican.

Porte d'angle. On remarque l'utilisation à nouveau des carreaux de Delft à la base des murs, mais aussi autour de toutes les fenêtres (elles réfléchissent la lumière et contribuent à éclairer la pièce).

Détail décoratif.

Très belle tapisserie de style médiéval sur un mur.


LA GRANDE SALLE A MANGER...(photo: Jacqueline M. ).
Une véritable galerie des glaces (référence à Versailles). On remarque les chaises: le château en compte 250, une belle collection.

Encore de très beaux lustres. Le plafond est constitué de caissons  en bois (cela amortit le bruit).
(Photo: Jacqueline M. ).

NOUS QUITTONS L'AILE DROITE DU CHATEAU POUR REVENIR VERS LE PAVILLON CENTRAL .

  Bestegui a créé à l'arrière du pavillon central une rotonde où est installé le salon Marie-Antoinette , dont la décoration s'inspire de la chambre de la Reine à Versailles.

Avec encore un beau lustre classique.

Cheminée et décoration.

Détail du papier peint.
La chambre de Beistegui était à l'étage supérieur. Elle avait été auparavant la chambre de Mme de Charost, et aussi celle de la duchesse d'Angoulême lors de son passage à Groussay.

                         Le piano (russe) du petit salon de musique est un don d'une visiteuse.

Les poufs dateraient de 1815.

Ce luxueux plafond est en fait un coffrage de bois peint. Le joli lustre lui est assorti!

Et l'on parvient à l'époustouflante bibliothèque de Beistegui:


Elle est monumentale et absolument splendide...
Beistegui était un dévoreur de livres!

                Elle avait été vidée de ses livres. L'association a rempli de nouveau ses étagères...
Son plafond à caissons n'est qu'un trompe l'œil peint, destiné à faire pendant à celui de la salle de bal.


                                                 Le lustre et un aperçu des rayonnages.

                                                         LE SALON GOYA:

On passe ensuite dans l'aile gauche dans un second couloir incurvé, qui fait pendant à celui de l'aile droite. C'est le salon Goya. Il est merveilleusement décoré de tapisseries des Gobelins inspirées d'esquisses de Goya (actuellement au musée du Prado),et créées pour Beistegui. Et des lustres, toujours des lustres...

Les banquettes incurvées achetées par Beistegui datent de 1820-1825.



                               Voici les principales scènes figurant sur la première tapisserie.

                                           Les visiteurs sont époustouflés par une telle beauté...



Voici  les trois gracieuses scènes qui ornent la 2e tapisserie .

                         Le clou de la visite: le THEATRE BAROQUE.

C'est Charles de Beistegui toujours qui l'a fait installer. Il s'inspire de celui de Bayreuth. Il possède 25O places, et  une acoustique parfaite. Il a été inauguré en 1957 par des acteurs de la Comédie française, qui ont joué une pièce de Marcel Achard, grand ami du propriétaire.Jean-Claude Brialy et Annie Girardot par exemple y ont fait leurs premiers pas d'acteurs. Un mois de travail des bénévoles de l'association en avril 2015 lui a redonné tout son éclat.
Un programme de représentations théâtrales vient d'être mis sur pied: le théâtre revit!


                                      Les visiteurs éberlués découvrent le superbe théâtre.
                                                          Vue ici du fond de salle.

                                                         Le lustre  et le fond de salle.


                                                 L'incroyable lustre du théâtre pèse une tonne!

                                                       La salle et la scène - vue latérale.

Le lustre et la scène.

La scène et son décor.
               Ce jour-là, une visiteuse essaie l'acoustique (parfaite) en lisant un poème sur scène.


 DANS LE PARC, A LA DECOUVERTE DES "FOLIES" de Charles de BEISTEGUI:
Comme la transformation du château, la création des fabriques décoratives (ou "folies") du vaste parc se sont étalées entre 1950 et 1970 , date de la mort de Charles de Beistegui.
Il reprenait ainsi un siècle plus tard la tradition des parcs à l'anglaise de la fin du XVIII e et du début du XIXe siècles.
Les fabriques sont disposées d'une manière très étudiée pour créer sans cesse une nouvelle surprise au fil de la promenade. Des jeux de perspective ravissent l'œil, d'une fabrique on doit pouvoir en apercevoir une autre etc...
C'est avec la complicité des artistes Emilio Terry et Alexandre Serebriakoff et des architectes Desbrosses et Costi que notre esthète a pu réaliser cet ensemble.
Ajoutons que la balade dans le parc par une belle journée d'automne commençant ajoutait un charme supplémentaire.

Le parcours  à travers le parc  suit la promenade habituelle de Beistegui, qui aimait faire en calèche le tour de ses fabriques avant le déjeuner.

                                                   On passe d'abord devant l'orangerie.

                                     Sur sa façade un bas relief évoquant les travaux agricoles.

    Pour accéder au parcours de découverte  concocté par le maître des lieux, il faut d'abord passer par cette porte monumentale qui donne accès à un jardin d'agrément. (Photo d'avril 2013).

On découvre alors la perspective créée par les alignements végétaux du jardin d'agrément , soigneusement entretenu.

Première agréable surprise, dans un encadrement de feuillage, une jolie cage à oiseaux se profile. Autrefois elle était vide, aujourd'hui de ravissants oiseaux l'occupent.

Nouvelle surprise plus loin: la tente tartare (ou turque) en tôle peinte de 1960, précédée d'un obélisque. Elle s'inspire de celle de Gustave III de Suède élevée en 1781.

L'intérieur est tapissé de 10 000 carreaux de Delft.

La surprise suivante est le "temple du labyrinthe", car autrefois situé dans un labyrinthe de verdure.

Le temple du labyrinthe, face arrière.

Ce premier parcours aboutit au théâtre de verdure, orné de statues représentant des personnages de la commedia dell arte.

C'est lequel celui-là? J'attends la réponse.

Le pont palladien d'Emilio Terry rappelle le pont Guglie à Venise, non loin duquel se trouvait le palais Labia, propriété de Beistegui, où fut organisé le "bal du siècle" resté dans les mémoires du gotha. Il enjambe un bras de l'étang. Il est vu ici depuis une autre fabrique, la pyramide.

Et voici, vue du pont palladien , la pyramide, qui nous emmène en Egypte

Dans la lumière de septembre.

Bientôt on a en vue le temple d'Amour, inspiré de celui du Trianon. C'est la plus ancienne fabrique du parc.

Sur une butte lui répond une autre construction, le temple d'Adam.

On se dirige ensuite en direction de l'étang.

Une autre nouveauté dans le parc: des animaux y vivent dans des enclos, comme cette petite chèvre.

                                    On aperçoit bientôt le château qui se mire dans l'étang.

Tout le charme des grands parcs d'Ile de France...

                                Charme accentué par les couleurs automnales qui se précisent.

                                                                        Plus près.
Autre vue.

                                                               Teintes automnales.

Dans l'or de l'automne.

Autre vue (photo :Danielle PC).

Nouvelle "folie": la pagode d'Emilio Terry (1963). De lourds aménagements ont été nécessaires pour l'installer et l'entourer d'un étang.

Les néophytes manquent souvent la colonne observatoire (1962) , enfouie au milieu des arbres.
Elle s'inspire de la colonne Vendôme à Paris. Du sommet on doit avoir une belle vue sur la campagne. Mais on n'y monte pas...

Un peu plus loin, on passe devant de belles écuries du XVIIe s, rénovées en 2008.

Le visiteur en cette saison peut remarquer dans le parc de superbes champignons, comestibles en plus me dit-on. Pour ma part, je préfère les manger du regard!

Au bout du parcours, jetons un dernier regard sur le château, en contemplant sa façade donnant sur le parc.

                                                                       
                                                 FIN.
                                
          
Charles de Beistegui (1895 - 1970)  avec la duchesse de Windsor (à gauche)
Il tenait semble-t-il sa fortune de ses grands parents, enrichis par des mines d'argent mexicaines.Il était ami notamment avec Jacques de Lacretelle, Salvador Dali, Charles et Marie-Laure de Noailles.

La salle de réception du temps de Beistegui: ce collectionneur d'art accrochait de nombreux tableaux aux murs.
Le palais Labia à Venise, où il organisa le "bal du siècle". Il possédait aussi un hôtel particulier à Paris.

Tout savoir sur Beistegui:

Voici le lien pour voir le Bal du comte d'Orgel, tourné au château, du temps de Beistegui.


POUR VISITER LE CHATEAU DE GROUSSAY:
Il se visite le week-end. Cependant le domaine est parfois privatisé pour des événements: ainsi des tournages de films y ont lieu souvent.
Pour savoir s'il est ouvert à la visite, reportez-vous à son site: