correspondant agoravox

mercredi 15 août 2012

Retour "au pays du Grand Meaulnes"à Epineuil-le-Fleuriel: bonheur et tristesse...

24 ans après...

Pourquoi ai-je tant tardé à revenir "au pays du Grand Meaulnes"?
Qu'est-ce qui m'a donc tant occupé au long de ces 24 années passées depuis que j'y suis venu pour la dernière fois comme professeur, avec des élèves de 4e  du collège Alain-Fournier d'Orsay,dans le cadre de l'étude du roman?
24 ans: tout une vie! Un laps de temps qui correspond par exemple à toute ma jeunesse, jusqu'à mon premier poste de professeur...Ce n'est pas rien!
Tant de temps subrepticement passé: comment est-ce possible?

Surprises.

Je suis d'abord surpris à mon arrivée par la taille de la petite école d'Epineuil-le-Fleuriel ,village situé au nord de Montluçon, dans le Bourbonnais.Je la voyais plus grande dans mon souvenir,cette école où les parents d'Henri-Alban Fournier (Alain-Fournier pour la littérature) étaient instituteurs;y était adjoint un logement. Leur fils  a passé là son enfance.Cette école, l'auteur du Grand Meaulnes en a fait, au début du roman surtout, le cadre des aventures de son héros; François Seurel , M. et Mme Seurel ,ses parents instituteurs, ressemblent furieusement à Henri et ses parents...
 J'ai  demandé à la personne qui m'a ouvert la grille si le site n'avait pas été amputé: mais non, m'a- t- on affirmé! Aurait-il grandi dans mon souvenir? J'ai été étonné aussi par l'abondance de la vigne vierge qui couvre le bâtiment; il est vrai que j'y étais venu,en 1988, en novembre; elle n'était pas obligatoirement  si feuillue; tout de même...

" Une longue maison rouge, avec cinq portes vitrées, sous  des vignes vierges"...(Le G.M.)

J'avais appris que l'école était devenue un musée.Je voulais voir ce que cela "donnait". Petit détail encore qui m'a frappé: un petit panneau, au bord du trottoir, signalant l'emplacement du bâtiment...Aujourd'hui, il faut s'adresser à une "maison d'accueil", spécialement édifiée, où l'on prend son billet pour la visite.On y trouve aussi de nombreux articles-souvenirs "Grand Meaulnes" à acheter.Bien sûr, il y a exploitation touristique au profit de la commune.Cela peut se comprendre.Et puis  l'association locale qui gère aujourd'hui le site m'a paru,à travers la conversation que j'ai pu avoir avec la personne de l'accueil, être composée de gens sincèrement attachés à l'oeuvre d'Alain-Fournier, qui leur est familière.La visite se fait maintenant avec un audioguide, qui contient un commentaire pièce par pièce. J'ai trouvé que c'était très bien fait, la personne qui a construit ce dispositif était forcément très compétente.

Quel bonheur!

A cette heure matinale, j'étais le seul visiteur: on me livra la maison et l'école, audioguide à l'oreille, pendant le temps que je voudrais!  L'univers d'Alain-Fournier enfant ,l'univers du grand Meaulnes, pour moi tout seul, à loisir!
J'ai pénétré dans un lieu d'un autre temps, celui des mairies-écoles de la IIIe République (on a même remis les vieux pupitres à encrier intégré d'autrefois dans les classes) ;celui des logements d'instituteurs peu confortables , avec les ustensiles de cuisine et le décor d'époque; et bien sûr,dans chaque pièce, toutes sortes de détails émouvants renvoyant à la vie des Fournier , souvent repris dans le roman.

La cuisine de Mme Fournier...
Le jeune Henri, assis sur une marche de l'escalier, regardait sa mère préparer le repas...comme François Seurel dans le roman.

J'étais content de ma visite, mais triste en même temps.

A la nostalgie liée au roman s'en est ajoutée en effet une autre.

Tristesses.

Car j'ai appris coup sur coup deux tristes nouvelles: la mort de M.Lullier , l'instituteur qui avait voué sa vie à  l'oeuvre d'Alain-Fournier, et guidait la visite en truffant sa présentation d'anecdotes savoureuses sur la vie des Fournier à l'école.Il savait tout aussi sur les lieux avérés ou supposés du roman! Dans la classe où il avait fait asseoir mes élèves,je le revoyais,assis au pupitre,son épouse,elle aussi dévouée à "la cause" non loin de lui; sa blouse grise et ce qu'on devinait de sa pédagogie en faisait à mes yeux un héritier direct des "hussards de la République",quelqu'un qui prolongeait dans le XXe siècle ce passé prestigieux ...

La "grande classe" ,celle de M.Fournier (celle de M.Seurel dans le roman),celle aussi de M.Lullier plus tard...

 Deuxième mauvaise nouvelle: M.Alain Rivière, le neveu d'Alain-Fournier,qui présidait l'association des Amis d'Alain-Fournier et de Jacques Rivière,n'est plus lui non plus...C'est grâce à lui, grâce aux renseignements qu'il m'avait fournis, que j'avais pu "monter" divers projets autour de l'oeuvre.Tout ce qui pouvait contribuer au rayonnement de l'oeuvre de son oncle , il s'y prêtait : ainsi il me reçut  en 1978 avec trois élèves du "club journal" de mon collège de l'époque  pour une interview;dix ans plus tard, il se déplaçait  au collège d'Orsay pour une conférence devant les élèves ayant participé au "voyage"...
Deux ou trois ans plus tôt, je les aurais revus.
Pourquoi , pourquoi avoir laissé passer tant de temps...?

Une visite recommandée.

Depuis 1991 l'école n'est plus en activité. Elle a été fermée quelque temps pour rénovation. On lui a même, par certaines transformations, rendu l'aspect qu'elle avait du temps des Fournier ,m'a-t-on dit.

Je recommande la visite : se retrouver dans un décor de la fin du XIXe siècle a un intérêt en soi, et parlera aux nostalgiques de l'école républicaine à la Jules Ferry; une video à la maison d'accueil redonne le contexte réel et romanesque utile. Le mieux sans doute avant d'y aller est d'avoir relu le délicat roman d'Alain-Fournier, ou à la rigueur revu en video un des films qui en a été tiré...

Alain-Fournier adolescent, alors élève du lycée Lakanal de Sceaux...

Une visite surtout qui aide à mieux cerner, pour ceux qui s'intéressent à ces questions, le processus de la création littéraire.

On y accède depuis l'autoroute A71 par la sortie Vallon-en Sully; de là , gagner Epineuil-le-Fleuriel,à quelques kilomètres...

JM Sattonnay -

ps: en cherchant son nom sur google, on peut trouver une video où l'on revoit Henri Lullier au temps où il guidait encore la visite de l'école. Divers hommages le concernant  ainsi qu' Alain Rivière  sont aussi accessibles.

                                                    DOCU -SOUVENIRS:

             Du temps où M.et Mme Lullier animaient la visite de l'école (novembre 1988).

L' école en novembre 1988..La vigne vierge s'est bien développée depuis...


Les instituteurs en exercice accueillaient volontiers des groupes d'élèves
 (ici des élèves du collège Alain-Fournier d'Orsay).
On aperçoit M.Lullier autour duquel on se regroupait d'abord dans la cour.

Mme Lullier prenait sa part, active, à l'animation...


M.Lullier faisait asseoir ses jeunes visiteurs dans la "classe du Grand Meaulnes".
Le mobilier était plus moderne à l'époque, les pupitres de la fin du XIXe s'y sont substitués...


Alain Rivière, neveu d'Alain-Fournier, (au centre) lors de son intervention au collège Alain-Fournier d'Orsay (1988).


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