correspondant agoravox

mercredi 26 novembre 2014

"LE POIL MONSTRUEUX : FEMME A BARBE OU HOMME CHIEN"... Une conférence insolite à Briis sous Forges.


 Simples monstres de foire ou « chaînon manquant » ?

«Le poil monstrueux: femme à barbe ou homme chien » : qu'est ce qui a bien pu pousser un sérieux professeur honoraire de l'Université Paris VIII à s'intéresser à un tel sujet ? « J'aime prendre des sujets curieux, un peu « limites » , et étudier quelles représentations du corps se cachent derrière », explique Jacky Gélis , qui proposait une conférence sur le sujet samedi 22 novembre au siège de la Communauté de communes, à la demande de l'office du tourisme du pays de Limours. Plusieurs cas historiques de ces victimes d'un dérèglement hormonal héréditaire (l'hypertrichose), source de pilosité monstrueuse, ont été évoqués. Curiosités des cours de la Renaissance à l'égal des nains, ils ont souvent été transformés au XIXe en bêtes de foire dont on tire argent. Symbole de force et de virilité , le poil abondant a aussi renvoyé à l'animalité et à l'ambiguité sexuelle. Certains savants "darwiniens" ont  même cru que ces individus incarnaient le « chaînon manquant » entre singe et homme !
                                     
                                                DES IMAGES DE LA CONFERENCE :

 
Jacky Gélis et Annie Jacquet (directrice de l'Office de tourisme du Pays de Limours)   pendant la conférence.

 
                          Quelques images de sujets à pilosité monstrueuse ont été projetées.


 Portrait d'Antonietta Gonsalvus , "la fille à tête de chat" âgée de 11 à 13 ans , peint à Parme en 1585 par Lavinia Fontana, Musée de Blois.
Son père , né à Ténérife , était atteint de la même pilosité , mais sa mère était normale. Elle grandit à la cour d'Henri II à Fontainebleau , et était toujours vêtue de riches habits comme on le voit ci-dessus.
Ces personnages étaient souvent aussi très cultivés , nonobstant l'animalité de leur apparence.
Avoir dans sa cour une telle créature , comme avoir un nain, était très prisé à la Renaissance.


Cette peinture représente Magdalena Ventura avec son mari et son fils, une oeuvre du peintre espagnol Jusepe Ribera datant de 1631.
Magdalena Ventura d'origine napolitaine  se vit pousser une barbe à l'âge de 37 ans. Quinze ans plus tard cette femme et son mari  mirent au monde un enfant qu 'elle tient dans ses bras.
N'était le sein qui dépasse , et les vêtements , elle a tout l'air d'un homme.

 
KRAO , le "chaînon manquant" de la théorie Darwinienne , telle est la présentation qui est faite  de cette petite fille , pour attirer les curieux (fin XIXe).
 
 
Julia Pastrana , "la femme singe" , outre sa pilosité ,  avait en effet un visage simisesque. Elle dansait et chantait à merveille. Son époux-manager , qui l'exploitait, lui fit un enfant également atteint d' hypertrichose , mais qui meurt à la naissance , suivi de sa mère 5 jours plus tard. Le mari fait naturaliser les cadavres , en fait une attraction à un shilling l'entrée et fait fortune... Puis il les loue à un musée de curiosités. Le cadavre embaumé de Julia, un moment volé, se retrouve  à l'université d' Oslo , qui en 2013 le rendra à son Mexique natal pour y être enterré.
 
 
Il existe même une vierge barbue , sainte Wilgeforte , à Wissant , étape de pèlerinage entre l'Angleterre et le continent. Des légendes s'y attachent , telles que celles -ci :
Vers le milieu du XIe siècle, une jeune princesse, fille d’un roi de Sicile est contrainte par son père d’épouser le roi du Portugal avec qui il est en guerre. Ce mariage, habile moyen de faire la paix, est contraire au vœu de virginité que la jeune fille a fait à Dieu. Désespérée, elle demande à Dieu qu’il la fasse devenir la plus laide possible. Elle est exaucée, une épaisse barbe lui pousse au menton, contribuant ainsi à ce que le prétendant abandonne ses projets. Le mariage échoue ainsi et son père, furieux la fait crucifier .
Une autre légende veut que la jeune fille soit l’objet, durant une guerre, d’une tentative de viol par des soldats ivres. Pour se défendre, elle invoque la protection divine. Immédiatement une forte barbe lui recouvre le visage, ce qui met en fuite les soldats. Le nom de Wilgeforte, c’est-à-dire la « vierge forte », viendrait de ces faits.
Ces légendes permettent sans doute de se rassurer en évacuant l'hypothèse d'une pilosité morbide...
 
* Voir aussi notre article dans Le Républicain du 27/11/14.
 
 
  
 
 





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire