correspondant agoravox

mercredi 12 septembre 2012

Un trésor artistique à découvrir sur le plateau de Saclay : les vitraux de Mère Geneviève Gallois à l'abbaye de Vauhallan.

Au bord du plateau de Saclay, l'abbaye de Vauhallan.

L’abbaye de Vauhallan, plus exactement: abbaye  bénédictine Saint-Louis du Temple de Limon (un hameau de Vauhallan) est récente : elle a été construite dans un style très classique de 1950 à 1952 au bord du plateau de Saclay. C'est le futur pape Jean XXIII qui en posa la première pierre. Les moniales viennent de Meudon , mais la communauté, fondée sous la Restauration par Marie-Adélaïde de Bourbon-Condé et d'abord hébergée dans une partie de la prison du Temple , a ensuite longtemps été installée  rue Monsieur à Paris. Aujourd’hui, une trentaine de moniales s’y consacrent à la vie spirituelle , et à des travaux divers: l'abbaye est connue par exemple pour son art de la reliure. Elle accueille aussi des personnes à la recherche d'une retraite spirituelle, dans l'ancien château de Limon qui sert d'hôtellerie. Une boutique propose aussi au public des articles religieux, artisanaux ou alimentaires.

L'abbaye de Vauhallan se voit de loin sur le plateau. Photo JMS.

Mais l’abbaye recèle de plus un vrai trésor artistique : les vitraux de l’église abbatiale.

Ils sont l’œuvre d’une moniale de Limon : mère Geneviève Gallois (1888-1962).

Il est possible de les découvrir sur rendez-vous, ainsi que le petit musée consacré à mère Geneviève, sous la houlette efficace de sœur Florence Gabriel, à condition d’avoir constitué un groupe d’au moins 8 personnes.

Le parcours de Mère Geneviève.

Ce samedi 19 mai , Soeur Florence Gabriel accueille une vingtaine de personnes. Ce sont des amis, venus de diverses communes du sud de l'Ile-de-France, qui se sont réunis pour pouvoir bénéficier de la visite. Rapidement, elle entraîne ses visiteurs dans l'église abbatiale: après une courte présentation de l'abbaye, elle retrace le parcours personnel et artistique de Mère Geneviève Gallois , l'auteure des vitraux.

Avec soeur Florence Gabriel dans l'église abbatiale.
                    
Ses dons artistiques permirent à Marcelle Gallois (son vrai prénom) d’entrer aux Beaux Arts de Montpellier, puis de Paris. Peu encline à l’académisme, elle renonce  bientôt à cet enseignement; elle passe alors  son temps  à « croquer » avec malice les passants qu’elle observe dans les rues. Jusqu’au jour où, ayant poussé par hasard la porte de la rue Monsieur, elle « rencontre Dieu ». Sa vocation se précise peu à peu. En 1918, elle entre au monastère des Bénédictines, et abandonne toute activité artistique. C’est le docteur Alexandre, mécène de Modigliani, qui, découvrant par hasard son talent à une vente de charité, obtiendra de la mère abbesse la possibilité pour Geneviève de dessiner : elle saisit alors par le crayon la vie quotidienne au monastère, non sans malice toujours; elle peint, se met à la gravure, sculpte des marrons, brode. Lorsque la communauté déménage à Limon, l'abbesse lui demande de réaliser les vitraux de l'église abbatiale. Elle consacrera les dix dernières années de sa vie à  les concevoir et à  les confectionner entièrement ! Elle s’éteint dix jours après la pose du dernier vitrail.

Un style original, dégagé du naturalisme classique .

Soeur Florence Gabriel  entraîne ensuite le groupe dans les différentes parties de l'église successivement pour commenter les vitraux. Elle en éclaire le sens , explicite les intentions de l’artiste, souligne les touches originales données à telle représentation de la Bible ou du Nouveau Testament. Les sujets sont en effet  « sacrés »; parfois ils content l'histoire de nonnes: la mort d'une vieille Mère et son départ pour le Paradis; les déboires d'une réligieuse qui n'avait pas ouvert sa porte assez vite au Bien-Aimé (le Seigneur). Ils célèbrent aussi la prière.

Vitrail de la Création: le péché d'Adam et Eve.
Une représentation plutôt originale de l'épisode.

Le style est original, libéré des normes de la représentation classique : les formes cernées d'un pinceau épais , sont schématiques, les traits simplifiés  . Un art à la fois moderne parce qu'affranchi des normes classiques, et qui rappelle par certains côtés  l'Art Roman; mais qui tient aussi de la bande dessinée. D'ailleurs les paroles prononcées figurent  souvent dans les  "vignettes".  Cela ne ressemble pourtant à rien de connu.

Le petit musée.

  Soeur Florence Gabriel entraîne enfin le groupe dans le petit musée , où sont recueillies les œuvres réalisées par Mère Geneviève aux différentes époques de sa vie: les oeuvres de jeunesse, qui révèlent tout son talent à "croquer" les passants dans la rue; les représentations de la vie quotidienne au monastère; toutes sortes de dessins , de peintures et d'études qui permettent de mesurer son talent artistique. Elle s'amusait même à sculpter des marrons, transformés en têtes -caricaturales bien sûr- de religieuses...On sourit de certaines réalisations assorties de commentaires un peu hardis: ainsi  l'en-tête d'une série de dessins assimile la vie monacale à une "captivité volontaire" . On peut aussi feuilleter dans le musée le gros ouvrage qui a été consacré à l'ensemble de l'oeuvre de Mère Geneviève Gallois par le fils du Dr Alexandre, son "découvreur".

La visite du petit musée permet de cerner l'évolution d'un talent.

" Une visite vraiment intéressante, je ne savais pas qu'existait un tel trésor si près de chez moi » s'exclame à la sortie de l'abbaye Bénédicte, de Verrières-le-Buisson, une des visiteuses. Chacun visiblement était du même avis.

JMS -La Blogazette des Ulis et du Hurepoix.

. Une version allégée de ce texte est paru dans Le Républicain de l'Essonne du 16/8/12.

.Voir aussi l'excellent article de Régine Delattre sur : http://www.acf-versailles.catholique.fr/la-galerie/la-peinture-en-yvelines/une-religieuse-et-une-artiste-au-talent-reconnu-.html



* Un colloque de deux jours  sur l'oeuvre de Mère Geneviève sera organisé les 6 et 7 octobre à l'abbaye.

. Pour tous renseignements complémentaires , voir le site de l'abbaye: www.abbaye-limon-vauhallan.com .  

                      L'OEUVRE DE MERE GENEVIEVE GALLOIS EN IMAGES:
                                                    
                                                          QUELQUES VITRAUX.
  
              ZOOM sur le vitrail de la nonne qui n'a pas ouvert sa porte assez vite au Seigneur:

                                                   une BD en cinq images avec texte.


                                                    L'arrivée du Bien-Aimé (le Seigneur) est annoncée...

     
                                        A g: il frappe à la porte. La nonne n'ouvre pas: "J'ai ôté ma tunique".
                                                  Adr: elle se décide à ouvrir.

                                  à g: mais le Seigneur n'a pas attendu, il est parti.
                                          à dr: un ange se précipite pour le rattraper."Je cours le chercher".

                                             Un dynamisme étonnant de l'image dans la dernière "vignette".

 
                       Le vitrail de la vieille Mère trouvée morte et son accession au Paradis:


                                                          "Je suis au Paradis" (vitraux du bas).

                                détail de la vieille Mère enfilant sa tunique blanche aidée d'un ange pour aller au Paradis.

 

                                      "Les vitraux où tout est résumé" (Soeur Florence Gabriel):
                                                 la Création (à gauche), l'Incarnation (à droite), la Rédemption (au centre).

                                                         Quelques vitraux notables:

                                                    Vitrail de l'Incarnation : détail de l'Annonciation.
                                         Surprenant: dès l'annonciation, l'enfant Jésus est présent dans cette représentation.
                                     La main qu'il pose sur sa gorge signifie cependant que sa parole ne s'exprime pas encore.


                             Vitrail de l'Incarnation: une des trois tentations du Christ dans le désert.
                                Cf l'expression de sa détermination. Le diable en est pour ses frais.
Détail d'un vitrail de la Création.
Observer l'attitude du personnage de second plan.
                     
                                          Un exemple de vitrail composant une seule image :

                                                             Vierge Marie entourée d'anges.

                                                        DANS LE PETIT MUSEE :

                                       Oeuvres de jeunesse: un talent de caricaturiste.

La visite du musée nous permet de suivre l'évolution d'un talent.
Ici des oeuvres réalisées du temps au Geneviève (Marcelle) "croquait" avec malice les silhouettes des passants.



Un monde disparu saisi sur le vif.

Détails d'une grande fresque où se perçoit toute la virtuosité de l'artiste.

La vie quotidienne au monastère :

Geneviève Gallois , au monastère, reprend son crayon...
Un regard toujours malicieux.
Les religieuses assimilées à des "captifs volontaires"... 

Un humour assez caustique...


Mère Geneviève s'amusait aussi à sculpter des marrons.
Autant de portraits caricaturaux de ses consoeurs...

On peut aussi compulser le gros livre consacré à l'oeuvre de Mère Geneviève par le fils du Dr Alexandre, son "découvreur".


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